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KOEBEL, M., & MONTLIBERT, C. de. (dir.) (2010). Discrimination et exclusion. Regards sociologiques, 39 [coordination du dossier].

Description du contenu :
La revue Regards Sociologiques a souhaité consacrer ce numéro 39 aux discriminations dont sont l’objet les migrants installés en France. L’orientation retenue aura évité les commentaires humanistes qui encombrent ce domaine pour s’en tenir à des objectivations de faits sociaux. Maurice Halbwachs disait déjà en 1938 « les courants de circulation existent avant que n’y entrent les individus et ils subsistent après qu’ils en soient sortis. Ils obéissent, en réalité, à des forces de répulsion et d’attraction de nature collective. », (M.H. Morphologie sociale, A. Colin, 1938). C’est bien ces forces, ces faits institués, qu’il faut mettre au jour en les nommant. En effet les politiques publiques sont loin de réduire les difficultés auxquelles, depuis le XIXe siècle, sont confrontés les migrants. Dans le travail, le logement, la vie quotidienne, les migrants doivent faire face à des pratiques et des représentations discriminatoires quant ce n’est stigmatisantes qui perdurent. Dans le travail d’abord la répartition des statuts, des tâches et des pénibilités affecte plus particulièrement les immigrés qui forment ainsi une sorte de tiers monde au sein du monde développé ; en plus le chômage frappe de manière très différenciée les migrants et les nationaux, sachant que pour ceux-là il est presque inadmissible d’être chômeur. Malgré les efforts des institutions mises en place , les discriminations et les exclusions qui souvent en sont concomitantes persistent. En matière d’avantages sociaux les régimes discriminatoires continuent, légalisés, il est vrai, par des traités lorsque les étrangers sont issus de pays puissants et entérinés par des conventions lorsque ce sont des immigrés qui viennent des pays dominés du tiers monde (ex-colonies) organisant ainsi une forme moderne de « traite ». En matière d’accès aux services on ne peut que constater la routinisation (parfois méprisante) des administrations et l’indigence des moyens accordés qui peut conduire à l’exclusion partielle des populations concernées de la redistribution de la richesse mise en place pour les nationaux. En matière d’éducation et de logement les mêmes discriminations perdurent : il serait particulièrement intéressant d’examiner dans cette perspective les listes d’attribution de logement HLM comme les listes d’inscription dans les crèches, jardins d’enfants, écoles maternelles (formes de préscolarisation non obligatoires),ainsi que les procédures de relégation vers les filières les plus discriminées de l’enseignement technique. En matière de justice il faudrait examiner les décisions et les sanctions réclamées en fonction de l’origine nationale des parties ainsi que le fonctionnement des prisons. On ne peut traiter des discriminations sans aborder les problèmes du droit « d’être ici » (cartes de séjour, conditions d’hébergement...), du droit de vote et du droit d’être éligible (étude historique du traitement de la question en France). La situation des femmes suscite des discriminations spécifiques. Enfin un tel numéro ne peut pas éviter le problème de ce que A. Sayad nommait « le mal d’immigration » et son traitement par la sphère médicale et administrative (en posant aussi les questions de la vieillesse et de la mort).