« Démocratie participative en Europe », colloque organisé par le LERASS, Toulouse, 15-17 novembre 2006.

Intervention de Michel Koebel le 17 novembre 2006 dans l'atelier "Enjeux" sur le thème :
"Une participation sous contrôle. Les possibles raisons de l'échec de la démocratie participative".

Résumé de l'intervention :
Ayant étudié le phénomène de la démocratie participative depuis plus de 10 ans à travers ses déclinaisons locales (Koebel M., Le recours à la jeunesse dans l'espace politique local, Lille, Atelier national de reproduction des thèses, 1998 et Koebel M., Le pouvoir local ou la démocratie improbable, Broissieux, Editions du Croquant, 2006), je propose, pour cette communication, d'élaborer trois séries d'explications concernant son échec relatif.
1) A en croire les formes des dispositifs de participation des citoyens proposées, nombre d'élus confondent démocratie participative et démocratie représentative. En prenant le cas des conseils municipaux d'enfants et de jeunes, on assiste à une parfaite reproduction des formes traditionnelles de démocratie représentative, avec un habillage de discours justificatifs mettant en avant l'invention de nouvelles formes de démocratie (participative, directe). On constate d'ailleurs que la forme adoptée par l'inventeur du dispositif correspond à la forme démocratique qui a présidé à son mode d'accès au pouvoir et duquel il a du mal à s'affranchir. Pas étonnant alors que les dispositifs mis en place ne correspondent pas à l'idéal décrit dans les discours et qu'ils reproduisent aussi tous les défauts de la démocratie représentative dont ils disaient se démarquer.
2) Les élus s'imaginent inventer de nouvelles formes de démocratie parce que les dispositifs qu'ils mettent en place concernent pour eux de nouveaux publics, soit parce qu'ils sont exclus de la participation aux instances de représentation politique traditionnels (comme c'est le cas des conseils d'enfants ou des conseils consultatifs des étrangers), soit parce qu'ils sont réputés pour leur faible participation (conseils de jeunes, conseils d'anciens, de sages, conseils de quartiers, réunions de quartier, etc.). Réalisant, par ces divers dispositifs, une extension du public habituellement concerné par les instances existantes, les élus s'imaginent qu'il s'agit de démocratie participative. Or, soit ces dispositifs organisent, par les conditions d'accès imposées, une sélection du public (élections, nominations), soit ils réalisent cette sélection à travers la valorisation et la dévalorisation des participants lors des réunions (de quartier, par exemple) ou des consultations (enquêtes d'utilité publique) en fonction de la qualité de l'intervenant et de son intervention.
3) Les élus hésitent à mettre en pace des dispositifs de participation. Le référendum local par exemple est boudé par les élus locaux : chaque année, pour près de 37 000 collectivités territoriales concernées, seuls 20 à 30 référendums sont organisés en France. En fait, les élus craignent une participation trop importante des minorités critiques, ont du mal à accepter le verdict populaire lorsqu'il va à l'encontre de leurs propositions et parlent alors d'un manque de " pédagogie " pour expliquer que le peuple se trompe. La stratégie politique est avant tout une stratégie de communication qui laisse peu de place à la participation. Ces phénomènes sont perçus, avec plus ou moins d'acuité intellectuelle et de conscience des enjeux, par une partie de plus en plus grande de la population, ce qui finit par la convaincre qu'une participation au pouvoir est illusoire à travers tous ces dispositifs.

Mots-clés : démocratie, participation, représentation, contrôle, communication