« Le sociologue et le militant. Les implications méthodologiques et épistémologiques du travail empirique en sociologie politique », journée d'étude organisée par le RT34 et le RT20 de l'Association Française de Sociologie, Laboratoire PRINTEMPS, Saint-Quentin-en-Yvelines, 29 juin 2007.

Intervention de Michel Koebel sur le thème :
"Peut-on être sociologue à l'ANACEJ (association nationale des conseils d'enfants et de jeunes) ?"

Résumé de l'intervention :
Le titre de ma communication correspond au titre de l'article que j'avais envoyé en 2001 à l'anacej (association nationale des conseils d'enfants et de jeunes) qui, pour fêter ses dix années d'existence, a sollicité tous ceux qui avaient travaillé un jour ou l'autre en collaboration avec l'association pour la publication d'un numéro spécial de sa revue "Si jeune, civique !". L'article proposait une analyse des difficultés que j'ai eues à faire entendre ma sociologie très critique des conseils de jeunes. Cet article a été refusé et le refus m'a été notifié par une longue lettre de justification, écrite par la directrice de l'association, en collaboration avec toute son équipe. Cette lettre à elle seule est emblématique des rapports ambigus que j'ai entretenus pendant de longues années avec différents militants de l'association, notamment du fait du caractère critique de mes analyses de ce qui fait le marché de l'association - les conseils municipaux d'enfants et de jeunes (CMEJ) -, mais aussi du fait de ma propre implication, que l'on pourrait presque qualifier de "militante", dans le développement des conseils de jeunes. C'est sans doute ce hiatus - perçu par les promoteurs des conseils de jeunes comme une incohérence majeure -, qui a posé problème et que je me propose d'analyser ici.
Dans un premier temps, je compte développer les raisons de l'ambiguité, à travers l'analyse de ma double-implication dans le phénomène des conseils de jeunes.
J'ai été impliqué professionnellement de 1982 à 1987 dans une commune - Schiltigheim (67) - qui a joué un rôle important dans le militantisme des conseils d'enfants et de jeunes (j'y ai joué accessoirement le rôle d'animateur d'une commission du CME et j'ai co-organisé la mise en place des premières " rencontres ados-élus " dès 1984) ; j'ai ensuite été fonctionnaire d'une administration d'Etat - la Direction Départementale de la Jeunesse et des Sports du Haut-Rhin - qui a participé activement au développement de ces formes "nouvelles" de participation des jeunes à la vie de la cité (d'abord par mon propre engagement de 1987 à 1997 en faveur du développement qualitatif et quantitatif des conseils de jeunes dans le Haut-Rhin, puis avec une légitimité nationale à travers la mise en place par le MJS des conseils départementaux de la jeunesse dès 1998) ; pendant toutes ces années, j'ai participé à de nombreux colloques nationaux sur le sujet, j'ai mis en place des colloques régionaux et départementaux, j'ai organisé des formations sur le sujet et j'ai surtout fait du conseil auprès d'élus locaux.
Parallèlement à cet engagement "militant" (de 1987 à 1997, j'étais le seul conseiller d'éducation populaire et de jeunesse en France à m'impliquer aussi activement dans ce domaine), j'ai mené divers travaux de recherche en sociologie à propos de l'implicaton des jeunes dans les lieux de décisions collective, jusqu'à réaliser ma thèse de doctorat sur le sujet en analysant les conseils de jeunes en tant que pratique politique au sein de l'espace politique local. A cette occasion, j'ai également développé des analyses à propos de l'anacej, une association d'éducation populaire d'un type particulier puisqu'elle regroupe surtout des élus locaux. La plupart de ces travaux ont été reçus par les militants de l'anacej de manière très mitigée, jusqu'à cette fameuse lettre qui marque en quelque sorte l'apogée de l'ambiguité de mes relations avec l'association et ses représentants.
Dans un second temps, je profiterai de cette expérience pour approfondir quelques questions sur les limites de la collaboration scientifique avec des associations militantes : les effets d'affichage de "conseils scientifiques" ; les conditions d'acceptation du regard sociologique chez les militants ; les implications méthodologiques des commandes élaborées par des militants.